Les moyens de notre sécurité : développer la fête des voisins

En cette période d’attentats, j’ai rouvert mon livre de chevet, celui du milieu de la troisième pile, j’ai nommé « Le prix du bonheur* » , recouvert, et ce n’est pas un hasard, par une carte touristique de Port Vila**.

chevetresized

Je tombe sur le chapitre 11: “Avons nous encore les moyens de notre sécurité ?” ..  Non, il ne se focalise pas sur l’économie publique, mais sur les racines profondes : revenu, travail, santé, communauté . Et là , une petite phrase*** m’interpelle:

Il existe d’ailleurs un bon indicateur, quoique original, du taux de petite criminalité : le nombre d’amis que l’on peut rencontrer en marchant autour de chez soi pendant quinze minutes****.

La criminalité est moindre quand les gens se font confiance , et les gens font davantage confiance quand les déménagements sont rares et la collectivité homogène. »

Si on ne peut pas grand chose à titre individuel contre les déménagements et l’homogénéité de notre collectivité urbaine, au moins il y a une chose qu’on peut tous faire : participer plus activement à la fête des voisins . C’est vrai que je n’ai pas été très fan jusqu’ici de ce genre de manifestation, qui développe pourtant bien la fraternité*****

 

*  voir les posts sur ce “must read”

** C’est pardonnable de ne pas savoir instinctivement que Port Vila est la capitale du Vanuatu, pays du bonheur…

***  « Le prix du bonheur » p 196

****sampson et groves  1989 : “ Community Structure and crime : testing social-disorganization theory” American Journal of Sociology N°94 p 784 et suivantes

https://dash.harvard.edu/bitstream/handle/1/3226955/Sampson_CommunityStructureCrime.pdf?sequence=2   

***** Sur la fraternité, par là….   ici…

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Il peut parfois renvoyer l’ascenseur à toute vitesse

Paris, gare de Lyon, 19h.

Il y a foule au monop pour payer les sandwiches soigneusement choisis dans les rayons. Une queue un peu désordonnée.

Mon tour arrive presque quand une petite dame, essouflée, grille toute la queue sans s’en rendre compte, juste devant moi. Elle est visiblement pressée, moi pas . Ma raison réussit à dominer ma nature, et je ne dis rien. Derrière moi, une autre s’énerve. Je lui murmure :

Vous êtes pressée, madame ?

Non, mais ce n’est pas une raison. 

Bah, ce n’est pas grave non plus.

Ma resquilleuse part . J’approche de la caisse, trébuche sur une valise laissée à mes pieds. Je hèle la resquilleuse, résolument décidé à ne pas lui en vouloir.

Content de moi, d’avoir su dominer mon caractère impatient, et d’avoir mis quelque part une petite image d’altruisme dans tout de brouhaha , je règle tranquillement mon achat et pars à pas lents. Je me sens bien.

effet boomerang

10 secondes . C’est le temps qu’Il a mis pour me renvoyer l’ascenseur. Ma rouspéteuse m’appelle  pour me tendre la carte de crédit que j’avais laissée sur le comptoir, avec un grand sourire à son tour.

Même si ce n’est pas toujours aussi rapide, l’effet boomerang du bien est réel. Merci du rappel.

Fier de payer des charges

7h, dans le froid du petit matin de la brocante de Claire. Les professionnels sont là les premiers, a l’affût de la bonne affaire . Très vite, ils repartent . Pas tous . Un homme reste à examiner chacune des vieilleries ou autres bricoles exposés. Avec attention. Il prend son temps. Entame la discussion. Cherche , sur son vieux smartphone, des informations sur chaque objet.

brocorama2Il m’intrigue .

Petit à petit, il se raconte .

Il vivait de petits boulots . Et de sa passion, la brocante, sur internet . Achat, revente, au noir bien entendu.

Et l’an dernier il a fait le pas . S’est consacré à sa passion. A créé son entreprise .

Oh, j’ai juste un vieux Kangoo, et pas de local fixe. Je fais les brocantes, et j’aide les gens gratuitement à évaluer leurs biens, et à les revendre sur Internet .

Gratuitement ? Mais, il faut bien que vous viviez, vous .

De temps en temps les gens me confient des trucs à vendre. Vous savez, si je les renseigne bien et si je les aide, ils savent se montrer reconnaissants.

Il a tout compris du marketing Gaga, lui !!

Vous savez, avant, je gagnais un smic au noir. Maintenant, je gagne en gros la même chose, mais je suis en règle. J’ai créé mon entreprise. Et je paie mes charges, moi.

Fier comme Artaban, il me donne sa précieuse carte de visite.

Tomates et cadres . Jouer avec la diversité locale pour atteindre le taux de croissance des AMAP ?

tendez nous la main A Belmokadem

Massivement, les grandes surfaces nous approvisionnent en tomates standard, calibrées, apprêtées, propres sur elles.  Elevées dans les serres néerlandaises chauffées au gaz de Groningue , elles sont super compétitives , à première vue de portefeuille.

Il en va de même pour les employés de multinationales. Approvisionnés cette fois aux quatre coins du monde sous prétexte de biodiversité, ils sont tous pareils . Pommes* ou bananes**, ils sont tous bien blancs inside, dotés d’un MBA au calibre américain, gommant même parfois le genre***

Les tomates multinationales n’ont pas trop de goût mais nous les consommons massivement bien souvent au détriment de leurs consœurs locales, un peu plus diverses et cabossées , au look plus bizarre.

Quoique …

Les AMAP bio et locales ont un taux de croissance à faire pâlir d’envie toutes les multinationales. Sans besoin de plastronner à Davos ni au COP 21. Et elle œuvrent certainement plus pour la diversité . Le futur de nos entreprises n’est il pas un peu de ce côté là ? Vers plus de considération de la diversité des locaux ?

Alors, on garde nos spécificités, et on joue les tomates locales. Même si ça coûte apparemment un peu plus cher . A long terme, c’est quand même plus durable. On a tout intérêt à travailler avec des gens comme Abdel.

* Pomme : surnom donné aux indiens d’Amérique à ceux des leurs qui ont fait table rase de leurs origines ( rouges de peau, blanc dedans)

**Banane : même concept, chez les Chinois cette fois.

*** Au cas ou vous avez oublié  jusqu’ou sont allés GAFA dans ce domaine.