Laissons-les donc se débrouiller seuls..

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Lâchez la, laissez la tomber, elle vous étonnera…

Noël au nord du Togo. Depuis le début de ce séjour, nous croisons une succession d’ONG et de centre de santé perfusés par l’Occident. Nous vivons une fois de plus, comme à Madagascar il y a deux ans et au Mali avant, ce racisme officialisé difficilement acceptable qui nous rackette sur notre seule couleur de peau. Eh oui, le blanc est là pour faire tourner l’économie. Une pompe est en panne ? Attendons l’ONG qui viendra la réparer (c’était au Mali).

Il est vrai que c’est très difficile pour un local d’entreprendre. Très vite, il se trouve dans l’obligation de faire vivre la famille, le village, et de s’effondrer sous ces charges

Mais est ce une raison pour que l’occident continue de perfuser ? N’est ce pas une forme de maintien du pays sous son contrôle, une colonisation des temps modernes ? De plus en plus de voix s’élèvent pour recommander une diminution drastiques des missions humanitaires. Une chose est sûre, elles ne doivent avoir pour seul objet que le transfert de connaissances. A l’image de ce centre de soins d’Aledjo qui refuse de créer un orphelinat (les enfants appartiennent au village, pas aux sœurs ) et décrit sa mission première comme d’être un centre de formation (nous sommes une poignée de soignants permanents, avec une vingtaine d’autres en formation qui tournent tous les six mois).

Finalement, sans aller si loin, n’est ce pas le même cas que celui de notre assistanat*, et de notre attitude vis à vis de nos entrepreneurs** ? S’assurer que l’on donne de la connaissance, que l’on loue de la ressource- dans les deux cas si cela répond à une demande– dans un contrat clair , et laisser la liberté d’agir.

 * sur notre trappe a assistance

** aider les entrepreneurs en étant actionnaire ?

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Sortir de la fosse d’assistance

Une jeune femme, bon job, un enfant, raconte. “Pas assez de temps pour vivre une vie de mère avec mon petit, lors j’ai décidé de travailler à mi temps. Tant pis pour la réduction de salaire, je gérerai”.

En pratique, quelle ne fut pas sa surprise de constater qu’avec l’arrivée de diverses aides dont son revenu précédent, trop élevé, la privait, avec la baisse drastique du coût de certaines prestations et taxes,  prix de la cantine*, de la crèche, exonération de taxe d’habitation… (la vie est bien moins chère quand on est pauvre, conclut elle), son niveau de vie n’avait pas autant baissé que cela…. Tant mieux pour son enfant, qu’il profite de sa mère qui lui a fait ce si beau cadeau..

J’invente et continue l’histoire..

Au bout de quelques années, elle aimerait bien augmenter un peu son niveau de vie. Travaille un peu plus. Et fait le chemin inverse, perdant un à un tous aides et privilèges que son faible revenu lui conférait. Et se retrouve à devoir travailler deux fois plus pour, in fine, ne disposer quasiment que de la même aisance. Inacceptable. Il ne lui reste donc plus qu’à enfiler un gilet jaune et obtenir que le gouvernement élargisse un peu plus la fosse d’assistance dans laquelle elle était descendue quelques années plus tôt. Les riches, ou du moins ceux qui n’ont pas encore quitté le pays, paieront. Impossible ? La majorité  est déjà partie ? Alors on transférera l’ardoise à son enfant… qui va se retrouver à devoir payer son beau cadeau.

So what ? Après avoir compris le mécanisme de la fosse d’assistance grâce à cette jeune femme, qu’en tirer ?

Juste un guide de discernement pour mes dons ou investissements. S’assurer qu’ils permettent aux hommes de sortir de la fosse par eux mêmes (p. ex. en confiant des vaches a des éleveurs*** où en finançant l’éducation, en souscrivant aux obligations émises par les entreprises plutôt qu’en spéculant sur leurs actions****) plutôt que de les aider à y vivre moins mal..  En s’assurant que cela correspond à une réelle demande de leur part, bien sûr. Retour du bon vieux proverbe sur le don de poisson ou de l’apprentissage de la pêche…. toujours à condition que le pêcheur potentiel le désire, sinon, c’est encore un beau gaspillage!

* Le prix des cantines Grenobloises varie d’un facteur 1 à 10 selon le revenu

** si cela vous amuse d’aller voir les seuils de 28 aides sociales …  

*** des investisseurs et des vaches

**** actionnaire ou obligataire ?