Le poids du bol

Tiakafissa ? Tiakafissa ?  Tiakafissa ?  Inlassablement, mon interlocutrice me répète cette question qui me laisse perplexe. Ne voit elle pas que je suis un peu perdu ?  Encore tout jeune, c’était dans un de mes premiers vols à destination de Manchester, et je faisais brutalement connaissance avec l’accent du Yorkshire. 

C’est ce souvenir qui m’est revenu le premier à l’esprit quand un participant , lors d’une fresque*, me demandait l’impact carbone relatif du café et du thé. Car, vous l’avez vous aussi compris, le Tiakafissa se traduit facilement en Oxfordien par : Tea or Coffee, sir ?

Perplexe une fois de plus devant cette même question, posée légèrement différemment quarante ans plus tard, je promets une réponse.. et me plonge un peu plus tard dans mes diverses bases de données : les rapport Ademe**, le fichier agribalyse***, recoupés de consultations de sites web divers.

En un mot comme en mille, en France (détail qui n’est pas neutre quand on veut intégrer l’énergie de chauffe du breuvage), le poids carbone , en équivalent grammes de CO², des divers contenus du bol sont bien différents**** :

560 grammes le litre de café

50 grammes le litre de thé

et 1,47 kg le chocolat au lait cher à ces bambini.

A raison d’un petit déjeuner quotidien, et d’un grand bol chaque matin, passer du café au thé divisera par plus de 10 mon empreinte : de 102 kg annuels à 9 kg. Ni une , ni deux, c’est désormais chose faite . 93 kg de moins. Encore un petit pas sur mon chemin vers deux tonnes*****.

* du climat, bien sûr. Il sera un jour temps de faire un billet sur cet atelier que j’anime régulièrement depuis bientôt deux ans..

** la bible : le doc de l’ademe  https://bilans-ges.ademe.fr/documentation/UPLOAD_DOC_FR/index.htm?prg.htm

*** agribalyse, hébergé par l’ademe, qui permet d’aller beaucoup plus loin que l’impact carbone : consommation d’eau, eutrophisation des océans, …, …Fichier qui nécessite son permis de conduire..    https://agribalyse.ademe.fr/

**** dont 10 grammes pour chauffer le liquide, qui en deviennent 40 hors de France, “à cause” de notre électricité nucléaire.

***** est il besoin de le répéter ici, 2 tonnes d’équivalent CO², c’est ce que chaque humain devrait atteindre d’ici 2050 pour que le réchauffement climatique ne dépasse pas les deux degrés.

L’empreinte de ma carte.

L’évidence est tombée au détour de discussions lors de la fresque du numérique*. Indiscutable. 

Plutôt que de sortir quelques pièces de ma poche et de leur faire parcourir le mètre qui les sépare de la caisse du commerçant, je dégaine facilement ma carte et fais faire, sans aucun contact,  le tour de la terre à mon paiement, le fais transiter par des serveurs on ne sait où, qui en gardent une trace redondante pendant des années, sinon des décennies.

C’est aussi cela la boulimie numérique. Celle dont on dit qu’elle atteindra bientôt 5 à 10 pourcent de la consommation énergétique mondiale. Tout cela pour ne pas alourdir mes fonds de poche. Tout cela pour , en prime, éditer des petits bouts de papier traités à je ne sais quel poison, crachés par le terminal, que je garde précieusement pour aller sur mon compte vérifier la concordance.

Ni une ni deux, je consulte ledit compte, et quelques requêtes plus loin découvre que, sur les deux dernières années, 23% de mes transactions par carte font moins de 10 euros. 38% moins de 20.

Allez, réduire d’un quart de l’empreinte numérique de ma carte, d’un quart ces bouts de papier, d’un quart le temps inutile passé à vérifier mon précieux relevé, cela semble à portée de main, non ? N’est ce pas tout boni pour la planète et pour ma sérénité?

Alors je glisse quelques billets dans ma poche et c’est reparti pour le bon vieux paiement de ma baguette quotidienne en liquide. Qui véhicule aussi des virus, me diront les esprits chagrins. Mais n’en circule t-il pas également sur la toile ?

* Car il n’y a pas que la fresque du climat, dont je vous ai sûrement parlé et qui occupe bien mes journées, il y en a plein d’autres. Dont celle du numérique.