L’empreinte carbone de la quiche

L’empreinte carbone de la quiche

Je suis convaincu. Tout ce que je vois autour de moi finit par me convaincre.Sans diviser par 6 mes émissions de gaz à effet de serre, jamais nous n’arriverons à atteindre les objectifs de la COP21 de Paris, limitant le réchauffement à 2 degrés. 

Ça commence par moi, donc mon alimentation. Dont une base, la seule chose que je sache cuisiner : la quiche aux lardons.

Alors je la questionne :

  • C’est bien connu, c’est la viande qui est coupable de la majorité de notre CO² “alimentaire” . Exit les lardons. On gagne les lardons, le lisier de porc qui pollue les nappes phréatiques bretonnes et finit par favoriser les algues vertes qui tuent la biodiversité marine, et en prime les 10 grammes de plastique à usage unique. Tout bénef.
  • Dehors l’horreur de crème fraîche en petite bouteille plastique : je cours les rayons de ma superette pour en trouver en briquette exclusivement carton. Sans même de petit bouchon plastique.
  • Je fais bien sûr ma pâte, pour gagner le carton d’emballage et tout le processus industriel qui est derrière le rouleau de pâte prête à cuire.
  • Ah, la cuisson : j’amortis l’énergie du four et fais toujours les quiches par paires.
  • Et réutilise le papier cuisson, il peut bien servir deux fois.

Avec tout ça, c’est sûr, j’ai fait ma révolution écologique. 

Sûr ?

Double check. Je m’arme de ma balance, de la bible de l’Ademe*, et excel fait le reste.

Déception. Avec tout cela, ma quiche ne passe en gros que de trois à deux kilos de CO².

Loin de la division par 6 … 

Eh oui, ce cas bien précis montre que la conversion écologique va plus loin que des ajustements à la marge. Et qu’il faut bien mesurer.

Le graphe est clair, ce sont les produits d’origine animale qui pèsent : lardons, beurre, crème, lait et œufs. Mais à quoi va ressembler ma quiche sans tout cela ???

Pas de panique . Pour diviser par 6, il faut passer d’un repas moyen pesant 2500g de CO² ** à 425g . Soit 850 g pour une quiche à deux.

Faites votre choix. Perso, je retire un œuf, mets de la matière grasse végétale, et je peux même conserver des lardons. Vous passez goûter ? 

* La bible de l’ademe ?

** Repas moyen ??

Pas question de me faire manger du tofu !

C’est la réponse que j’ai prise en pleine figure quand je me suis adressé à celles qui approvisionnaient les buffets d’une institution pourtant très bien pensante.

Je leur avais juste suggéré de proposer aux organisateurs de sélectionner un buffet sans viande rouge ! Pour limiter l’empreinte carbone !

Visiblement, je suis passé pour un extraterrestre. Le lien entre alimentation et CO² n’est pas connu de tous. Tant s’en faut .

Le soir même, j’ai relaté cela à une jeune de 20 ans. Elle est tombée également de l’arbre, totalement ignorante du sujet. Le réchauffement climatique, oui, mais je n’ai aucune idée de ce que MOI je peux faire.

Alors si même à 20 ans on ne sait pas…une  image pour 2 messages simples que je vous invite à diffuser:

  • 1 repas à base de steak frites pèse 5 kg de CO².
  • en remplaçant le steak par du porc ou du poulet on divise par 5 à 1 kg dont 400 g de fruits et légumes
  • et si on prend des légumes de saison on divise par 5 les 400g

Je ne vous mets pas (encore 😉 ) au tofu …et pourtant je divise par près de 10 l’empreinte carbone de votre déjeuner . Ce sont vos petits enfants qui vont être contents dans 25 ans . Quand ils transpireront à grosses gouttes toute l’année .

Ecologie, Egologie et la goutte d’eau vegan.

Comme chaque fois que je rentre dans ce temple du bio, je suis agressé par tout ce plastique.

Ça fait un moment que ca me travaille. Que certains fanatiques du bio m’énervent, moi qui me pense écolo. Ça y est, je la tiens, ma carte. Mon mapping, en bon ingénieur qui aime les graphiques.

Alors je me lance . Deux axes , l’axe du bien et l’axe du mal , celui qui me profite à moi, mon entourage proche, à court terme. Mon espace temps court. Et celui de l’espace temps long ; les autres, ceux qui sont loin, la planète, le long terme que je ne verrai jamais. Et je pose chaque action, chaque posture, sur cette carte, selon qu’elle a un effet positif ou négatif sur chacun des axes.

Le bio en plastique qui vient de l’autre bout du monde, ça fait probablement du bien à l’individu qui consomme, mais pas à l’atmosphère ni aux océans que l’on gave de CO² et qui finissent par ne plus nourrir les populations lointaines.

Et je l’ai trouvé, le comble de cette égologie de certains bio purs : l’eau de source vegan ( ??? ), qui a fait des centaines de kilomètres pour venir ici.

Par contre, j’ai eu beaucoup de mal à trouver les verseurs de vrac, cachés là bas au fond dans un coin, qui doivent sans doute apporter moins de marge…

 

Allez, toutes les boutiques ne sont pas comme cette chaîne : certaines sont soucieuses de vendre du local, du vrac, en remplissant l’emballage que le client apporte, si possible de produits bio. Ce sont celles là que je dois privilégier .

Et ça me conforte dans le choix du diesel*, qui nuit peut être plus à mon environnement proche pendant les quelques semaines de durée de vie des microparticules émises, par rapport à l’essence qui envoie bien plus de molécules de CO² dans l’atmosphère ou elle va rester des années bien partagée avec tous les habitants de la planète.

 

Mon propre temps court, ou le temps long pour l’humanité ?

 

 

* Diesel, nucléaire, tout ça …

 

Aligner la France sur une trajectoire 1,5 °C ?

J’ai lu avec passion et effroi le travail de B&L Evolution*. Comment aligner la France sur une trajectoire 1,5°C ?

Le préambule est très clair : on peut ne pas être d’accord . On peut ne pas vouloir . On peut refuser . Mais c’est un exercice de style. La France a pris un engagement. Si elle veut le tenir, comment pourrait elle faire ?

Pour ceux que la trentaine de pages rebute, ils ont fait une belle infographie**. Dont vous avez des extraits ci dessous.

Quelque part, je suis content d’y retrouver beaucoup de points abordés dans divers billets de ce blog. Si ca vous amuse, cherchez les billets taggés « environnement » ou « ecologie ». Au fil des ans, je réalise que je les ai accumulés..

Mais que je suis timoré !!  Il en manque beaucoup pour arriver au compte requis.

Allez, un effort sur ma gourmandise : le flux de données.  Tant pis pour la beauté et la finesse de l’image, au lieu d’uploader ma dernière vidéo youtube*** en « belle » résolution de 1980*1080, je l’ai dégradée à 1280*720 .  Au lieu d’uploader 658 millions d’octets, je suis retombé à 173.  Impossible de comprendre, dans la jungle des chiffres, à combien de CO² cela correspond, mais ca va bien dans le sens de diviser par 3 , non ?

 

 

* Le rapport de 36 pages de B&L 

** Pour ceux qui préfèrent le dessin, l’infographie

*** Et pour les apiculteurs et les printeurs, ma chaîne youtube ou je m’impose de faire des vidéos très courtes…une autre manière de diminuer le nombre d’octets voyageurs.

Non, je ne viendrai pas vous revoir..

 

Après dix ans en France, Pramod était rentré au pays. Avec la belle Saru, ils ont fondé l’école Victor Hugo Manjushree Vidyapith* et l’agence de voyage Mandap Travel** qui la finance.

ecole VHmavi

Ils accueillent des enfants pauvres, des filles en majorité, pour leur fournir une éducation scolaire et à l’environnement de qualité internationale. Enthousiasmant.

Il y a deux ans, j’ai eu la chance de venir les visiter. De faire un trek inoubliable sur les contreforts des Annapurna, sous le regard du Dhaulagiri.

Et quand la proposition de retourner sillonner ces montagnes fantastiques est arrivée, tout en contribuant à leur merveilleux projet mon sang enthousiasmé n’a fait qu’un tour.

Puis cet emm.. de cerveau a pris le relais. A quoi bon partager les messages d’urgence de Janco***, l’invitation pressante de François a la conversion écologique****, pour se permettre d’émettre à moi seul par ce voyage en avion autant de CO² pour juste une quinzaine de loisirs ? Ai-je épuisé les ressources montagnardes des Alpes, qui sont à proximité de vélo ?

Quelques semaines de maturation plus tard, ma réponse part : malgré tous les attraits du projet, je ne me permettrai pas de générer tout ce CO² pour mon seul loisir. Ce trek sera donc sans moi.

 

* Ecole Victor Hugo à Katmandu ?

** Mandap Travel, une agence pas ordinaire..

*** Jean Marc Jancovici

**** Pour ceux qui n’avaient pas capté, je parle bien sûr de Laudato Si ..

Comme pénitence, vous me ferez un carême de bœuf.

Comme pénitence, vous me ferez un carême de bœuf.

Quand j’ai avoué mon péché*, j’ai été surpris par les réactions, publiques ou privées, parfois ayatollesques surtout chez les areligieux qui se reconnaîtront  😉  …


easyboeufNul n’a le droit d’être imparfait, encore moins de l’avouer. Haro sur le baudet…

Donc j’ai péché. Surtout contre l’environnement. En prenant l’avion au lieu du TGV pour aller à Lille. Et, l’avion, c’est bien connu, c’est mal. Et le TGV, c’est bien. Simple, non ? Rassurant, même.

Comme première pénitence, je me suis voté d’évaluer l’ampleur de mon offense.

Et de me perdre dans la toile à en avoir la nausée…La valorisation du bien et du mal prend bien souvent des habits scientifiques pour soutenir des allégations bien diverses sur le même sujet… Bon, allez, je me fie à l’ Ademe**, qui calcule jusqu’à l’impact carbone de l’acier utilisé pour fabriquer les voitures (mais prend bizarrement  pour argent comptant les déclarations de la SNCF!).

Et, pardonnez les approximations, le résultat est sur le graphe ci dessous: selon le nombre de voyageurs , le poids de CO² renvoyé dans la stratosphère selon que nous prenions le TGV, avec voiture à l’arrivée, la voiture tout du long, ou l’itinéraire honni via Suisse et Belgique.

empreinte CO2

Ayant voyagé à 5, l’offense individuelle est à la hauteur de 30kg de CO², soit 60 kg aller et retour, ou encore en gros 40 litres de précieux pétrole. Un plein. Haro sur le baudet.

Je n’aurais pas l’outrecuidance de m’infliger en guise de réparation un mois de trajet travail-domicile à faire vélo, c’est déjà mon quotidien. Hourra,  l’Ademe, prévoyante, me propose des menus type:

  • un repas type de végétarien “pèse” 120g de CO²
  • un repas volaille-légumes 300g
  • et un repas avec steak frites 1200g.

Privé de steak pendant un carême****, la voilà ma pénitence.

 

En prime, l’Ademe permet de convertir toute  alimentation en équivalent carbone de kilomètre motorisé (avion ou voiture, à ce stade de précision c’est pareil…)

  • 1 steak = 7 km
  • 1 côtelette = 1,5 km
  • 1 oeuf = 400 m
  • 1kg de légumes locaux = 200 m
  • 1 marshmallow*** = 10 m

Easyjet me convaincrait presque qu’il est écolo en supprimant les plateaux repas !

 

* L’origine du scandale

** Et si vous voulez vous taper les 190 pages de la bible Ademe du CO²  (lien vers la version condensée, il y a des reprises partielles plus récentes).

*** évaluation assez personnelle basée sur l’équivalent du sucre… qui peut être utile pour ceux qui envisagent de faire le test de manière trop répétitive.

**** il ne vous aura pas échappé qu’un carême fait 40 jours, n’est ce pas ?