Quelques mots avant de partir…

Tobit, courageux, me fait penser aux aventuriers qui, il y a deux siècles, partaient conquérir le nouveau monde en laissant tout, et en brûlant leurs vaisseaux à l’arrivée . Il nous envoie un beau message…

columbus-et-santa-maria

Chers tous,

J’ai créé mon compte en septembre 2007. Cela fait donc plus de 7 ans que je suis sur Facebook. A l’époque personne ne savait ce que c’était en France (cette idée m’a été suggérée par des amis américains). J’y allais peu alors, et mon profil était réduit à sa plus simple expression. Ca n’avait pas l’air mal, ça m’apparaissait comme une autre forme d’MSN (vous vous souvenez ?), même si le tchat n’existait pas encore et qu’il me semblait terriblement étrange d’écrire sur le « wall » de quelqu’un un message que tous ses contacts pourraient lire. Et puis en 2009, la version française de la plateforme est arrivée, et ce fut la déferlante. L’ensemble de ma classe s’y est inscrite en l’espace d’un petit mois ! La dynamique était lancée. J’ai alors remis en forme ma page toujours en friche, j’ai considérablement accru mon nombre d' »amis », et mes visites sont devenues plus fréquentes. Une fois ou deux, j’ai retrouvé des connaissances du primaire que je n’avais pas revus depuis… Ca fait tout drôle sur le moment, et puis on le classe rapidement sans suite. On se plaisait à poster des statuts, puisant dans notre quotidien des anecdotes dignes d’admiration ou simplement drôles… Et puis Facebook est devenu pour moi une formidable plateforme de relais, d’échanges et de discussion. J’ai pu inonder de messages militants mes proches, parlant d’écologie, de politique ou de philosophie (vous en savez sans doute quelque chose, vous qui me lisez !). Mes posts se sont allongés, structurés, et ces débats m’ont fait passer encore de longues heures connecté. Mes réflexions ont pu s’affiner sur un certain nombre de sujets, et mon esprit s’ouvrir, je crois. Cela restera une expérience très positive pour moi.

Mais dans le même temps, Facebook, a grossi, de manière colossale et inquiétante. Il a capitalisé les données d’utilisateurs (et de non-utilisateurs !) du monde entier et de tous les âges comme aucun organisme ne l’a jamais fait. Il a littéralement métamorphosé Internet. Son « like » est devenu une norme, son logo est sur tous les sites, du simple blog au plus gros site marchand. Nos éclats d’humeur passent par lui, tout comme nos messages personnels. L’organisation d’événements se fait ici, et nombre d’entreprises ne créent même plus de site internet car une page Facebook leur suffit ! Internet, à l’origine un réseau connectant une multitude de serveurs épars, est devenu un organisme centralisé. Et des affaires ou scandales sont apparus régulièrement, révélant le peu de cas fait de la protection des données personnelles, leur stockage méticuleux et sournois (même les messages non postés sont enregistrés !), leur revente à des organismes tiers, au mieux pour de la publicité ciblée, au pire pour de macabres calculs étatiques.

Aujourd’hui, Facebook recense 1,3 Milliards de comptes actifs dans le monde, et dispose sans aucun doute, comme les autres Géants du web, de plus de pouvoir que les Etats. Mais personne ne les a élu, ni même véritablement choisis. Aucune autre ambition que celle de gagner de l’argent et d’engranger des données n’est affichée. Chaque mise à jour de la politique de confidentialité est pire que la précédente. Cette hégémonie n’augure rien de bon.

Concernant mon usage personnel, outre bien entendu les multiples avantages que j’y trouve, un certain nombre d’ombres au tableau se dessinent là aussi. D’abord le temps. Ce temps ci précieux, après lequel on court tous. Ce temps au travail, qu’on pourrait mettre à profit pour faire avancer les choses. Ce temps chez soi, qui pourrait être dévolu à tant d’activités. Ce temps le soir, qui pourrait permettre de rattraper notre manque de sommeil chronique. L' »actualité » qui se déroule sous nos yeux à travers les posts de nos (plus ou moins) proches nous fascine et nous capte de longues heures. On y apprend parfois des choses intéressantes, certes. Mais à quel point ? Et une recherche ciblée sur un site d’information digne de ce nom ne nous en dirait-elle pas davantage ?

Mais là, on n’est pas seul, on « partage ». Avec nos amis, on aura vu/lu les mêmes choses, et on pourra en parler. Du moins si on a retenu, car vu le flot d’informations ce n’est pas toujours gagné. Et puis, pour échanger, il n’est pas toujours nécessaire de partir des mêmes bases, justement. Partager notre vie ou nos centres d’intérêt sur Facebook me semble parfois affadir nos relations.

– Je suis parti en vacances au Maroc.

– Oui oui, je sais, j’ai vu les photos… !

– Avec mon copain ça ne va pas bien.

– Bah inutile d’en parler, je l’avais bien compris au vu des changements sur ton profil, tu sais…

– Ah tiens, je m’intéresse à la peinture, maintenant.

– Ouais, j’ai cru comprendre… les oeuvres de la Renaissance, n’est-ce pas ?

– Bon. Ben on ne s’est pas vu depuis des mois, mais ce qui me tient à coeur de parler, tu le sais déjà…

Alors je m’en vais, sans regrets. Les informations, je les aurais ailleurs. Moins nombreuses, peut-être, mais alors retrouverais-je peut-être le courage de cliquer et de lire l’article, courage qui me manque ces derniers temps. De toutes façons les pages que j’ai « likées » et que j’aime suivre, peuvent généralement être suivies par flux RSS sans avoir nécessairement un compte. Ce que j’ai vraiment à coeur de partager, je le mettrai sur une autre plateforme (Diaspora*) qui me permet d’en garder le contrôle. Mes amis ? J’ai toute confiance dans notre capacité à retrouver un moyen de se joindre autre que celui-ci. Peut-être pas avec tout le monde, et sans doute pas quotidiennement… mais tant pis. La vie est faite de rencontres, d’opportunités, et de choix… on aurait tort de l’oublier. (Au passage sachez que des utilitaires logiciels permettent de télécharger en un clic toutes les informations des profils de tous vos amis… Vos données sont donc stockées au chaud dans un coin de mon disque dur. Rassurez-vous, moi, je ne les vendrai pas.) Nous aurons d’autant plus de joie à s’écrire, s’appeler ou se voir que nous aurons plein de choses à nous apprendre.

En 2007 en France, sans le vouloir j’étais en avance. Aujourd’hui, à l’heure où le déclin (relatif) de Facebook est déjà un sujet, je quitte Facebook. Gageons que je ne sois pas le seul.

A très bientôt dans le monde réel,

18 décembre 2014, 21:33

Merci Tobit pour ces mots. La ou tu les a mis, tu sais bien qu’il n’y a pas de copyright, donc je te les ai pompés sans vergogne …  😉

Et à vous qui avez lu jusqu’ici, j’espère que vous avez bien lu les tout petits caractères des nouvelles conditions de Facebook . Et, surtout, ne croyez pas que vous allez perdre mes posts en quittant FB, je spamme aussi Diaspora …. 😉

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3 réflexions sur “Quelques mots avant de partir…

  1. Pingback: Diaspora, visez plutôt à changer le monde ! | abahli

  2. Pingback: Même Causette en parle. Alors … – abahli

  3. Pingback: Le prix à payer ? – abahli

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