De l’égocentrisme et de l’altruisme

Tel un fœtus enfoui dans sa mère, je viens de passer deux mois au chaud. Sans souci. Le gouvernement a subvenu à mon salaire, les commerçants à la sécurité de mes approvisionnements par drive, même les programmes TV ont accompagné ma régression en programmant “de bon vieux films”.

Mais c’est fini. Il faut sortir. La renaissance est là, le monde a besoin de moi pour se remettre à tourner. Mais que d’angoisse . La paperasse revient, il va même falloir faire ma déclaration d’impôts. Le monde dehors est plein de fous qui ne respectent rien. ne portent pas de masques dans les transports, ne respectent pas les distances. Ils étalent leur beaux et jeunes corps sur la plage, font des centaines de kilomètres pour cela, bourrés de cet affreux boomerdoomer* qui ne leur fait peut être rien , à eux, mais m’effraie, autant pour moi que pour mes parents.

Encore quelques heures, monsieur le bourreau. Laissez moi rester dans ma cabane, au chaud.

Discours rarement entendu, pourtant souvent ressassé.

C’est de l’autre bout du monde qu’est venue la meilleure motivation de sortir. La premier ministre de l’autre bout de la terre, là bas avec sa tête en bas, a donné le conseil qui fait mouche. Vous devez sortir, pas pour vous mais pour les autres. Pour contribuer , vous aussi, non seulement à l’activité économique qui sortira les plus faibles de la misère qui les guette, mais à la victoire sur la pandémie. Alors, faites le en ne pensant pas à vous, mais aux autres. Chaque fois que vous sortez de votre bulle, dites vous que vous êtes infectés. Et que vous n’avez pas le droit de transmettre cette saloperie. Alors, bien sûr que vous porterez ce masque, que vous respecterez les distances, et que vous n’hésiterez pas à abuser du gel que vous aurez avec vous pour tout désinfecter après votre passage. Et n’hésitez pas à faire savoir que vous êtes peut être infectés. D’abord, ce n’est pas faux, la certitude du contraire peut être dangereuse, et vous verrez comme les fanfarons se re-masqueront vite. Et, tout en maximisant ainsi votre propre sécurité,  vous aurez contribué à faire avancer le monde, bien plus qu’en restant tel le fœtus.

Bref, changeons l’égocentrisme qui est en nous en altruisme. C’est d’ailleurs le message du Christ , non?

Ça me donne envie de me balader avec un T-shirt marqué : “risque de Covid” . Les gens me lyncheraient, vous croyez ?

 

* Pour ceux qui n’auraient pas capté, c’est le surnom donné par les américains à ce sars-cov2 . Littéralement : débarrasseur de baby boomers

Klug

C’était l’arbuste de la discorde. Qui se propage comme du chiendent, et dont les épines acérées griffent la belle peinture de mon vélo à chaque passage. Qui tapisse chaque année le sol de ses fruits si durs qu’aucun insecte, aucune pourriture ne les atteint et qu’il me faut en emplir des poubelles entières.

Mais dont la fleur  si rose orne si bien les jours maussades d’automne qu’ils ont échappé à l’éradication brutale.

Et c’est seulement au bout de vingt ans, alors que le militantisme d’autoconsommation a encore grimpé d’un cran, que je me lance. On va tenter d’en tirer quelque chose , de ces fruits du maudit Chænomeles japonica. Et ce n’est qu’en combinant les recettes des divers internautes tout en laissant assez libre cours à ma créativité que j’ai mis au point gelée, compote, jus et même pâte de fruit. Ayant survécu à la quinzaine d’observation de mes proches, qui s’attendaient à me voir dépérir à force de goûter diverses mixtures, tous ceux qui se sont retrouvés à la table de la maison ont contribué, avec politesse, à écouler la cinquantaine de kilos de fruits dont la nature m’a gratifié cette saison. Certains sont déjà revenus .. Comme quoi on ne tire pas toujours pleinement parti de ce dont mère nature nous comble..

Le futur des déchetteries

Force est de constater la chose, alors que ce second mois de confinement avance. L’immense tas de déchets, pour ne pas le qualifier de dépotoir, que j’ai accumulé en prenant possession de l’ancienne ferme dans laquelle je suis confiné, a quasiment disparu.

L’énergie initiale de rangement, d’élimination des cochonneries accumulées par les générations de fermiers dans les pièces du bâtiment d’élevage, ont généré ce tas.

La frénésie d’aménagement desdites pièces , à son tour, a généré une longue liste de besoin en matériel qui n’était pas vraiment de première nécessité, donc pas trop disponible.

Alors patience et longueur de temps ont fait plus que force ni que rage. Peu à peu les idées ont évolué, les besoins aussi. Une à une les cochonneries ont été retirées du tas pour être nettoyées, transformées, recyclées. Toute ferraille devient docile sous le marteau après avoir passé quelque temps dans l’âtre. Toute scie s’avoie. Même un peu oxydé, tout fil de fer , tout clou, peut resservir. Un très vieux bout de grillage protège aussi bien des oiseaux les salades juvéniles qu’un neuf, une barquette de fraises fait la cloche très efficacement sur un plant de courges.

L’esprit des générations antérieures de paysans artisans, qui a soufflé dans cette ferme ou dans celle de mes aïeux, revient en force*.

Finalement, quand la liberté reviendra, un seul petit voyage à la déchetterie suffira pour rendre au jardin son air propret.

Et je ressors de cette expérience avec une conviction : chaque déchetterie devrait être doublée d’un repair café. Doté entre autres du seul outil qui m’a vraiment manqué pendant ces deux mois de réclusion campagnarde: une imprimante 3D**.

 

*Faire avec ce que l’on a. En y consacrant le temps nécessaire plus que la furie carbonée.

** Imprimante 3D ? Pourquoi ?

Une tonte nucléaire raisonnée

Quand j’arrive dans ce jardin délaissé depuis l’hiver dernier, les abeilles* en ont déjà pris possession. Chaque fleur est habitée et vrombit.

Message reçu. La tondeuse autoporteuse avec sa largeur de coupe supérieure au mètre va juste dégrossir la moitié de la surface habituelle. Ça de plus pour les abeilles, ça de moins en pétrole vaporisé en CO².

Et pour les finitions, on n’insistera pas en aller et retours inutiles. La petite électrique, destinée aux bordures, fera plus que son taf. On prendra certes plus de temps que traditionnellement, mais ca tombe bien, cette fois on en a, du temps. Et, n’en déplaise aux grognons**, le nucléaire fait moins de mal aux abeilles et à la planète entière..

 

* Elles ont aussi migré ici

** Ecolo et pro-nucléaire ?

Faire avec ce que l’on a

En cette période de confinement, amusant de voir ce qui ressort.

Les groupes Whatsapp re-connectent des cousins éloignés, et des amis qui ne s’étaient pas vus depuis quarante ans… Et a chaque fois on s’extasie sur des photos vieilles d’un demi siècle .

On se régale d’une sortie d’une heure, que l’on s’impose par hygiène, hygiène que l’on n’avait pas quand on avait toute liberté de le faire.

Et je bricole avec ce que j’ai. Jamais autant réparé, recyclé, réutilisé. Fini le temps des voyages incessants aux magasins de bricolage, pour aller acheter LE truc indispensable aux travaux en cours.

gamin depenailleFinalement, on revient inconsciemment aux fondamentaux

Une relation familiale qui est ce qu’on a de plus précieux et que l’on entretient

Une hygiène de vie qui prend soin de son corps, un peu de sport au lieu du bistro ou de la télé

Et une économie de choses, d’objets, avec une vie où l’on utilise ce qu’on a, tout ce qu’on a.. et on a tellement.

Une autre découverte de ce confinement, c’est que  je peux vivre deux mois avec deux chemises, celle qui est sur moi et celle qui sèche… quel gaspillage de biens et d’argent dort dans mon placard ..

PAC : agir pour plus de cohérence

Une des fiches** du débat imPACtons* m’interpelle au niveau du vécu.

Comme cela, c’est la filière de la viande bovine qui reçoit le plus d’aides de la PAC. Deux fois plus que les porcs, par exemple. Intéressant pour le futur de mes vaches, donc***.

Mais d’un autre côté, mes collègues fresqueurs **** me disent que le kilo de boeuf génère près de 10 fois plus de GES que son congénère le porc.

Alors, comme ca, la PAC alimente le dérèglement climatique ?

Bon, tout cela passe au dessus de nos têtes, me rétorquera t on . Que peut on y faire, à ce sujet si technique ? Et bien, justement, sur ce coup là, on nous demande notre avis . Et je vous ai pré-mâché le boulot. Yapuka venir soutenir ma proposition***** .

Et si la survie des abeilles sauvages vous importe, il y en a une autre là******.

 

N’hésitez pas à cliquer sur les graphes si vos yeux sont aussi fatigués que les miens.

 

*Pour ceux qui ont loupé l’invitation à débattre du futur de l’agriculture, c’est ici

** vers la fiche « assurer un revenu juste et soutenir la résilience du secteur« 

*** tout sur mon troupeau

**** Si je ne vous ai pas encore invité à suivre un atelier « fresque du climat« , je peux aider …oui, un jour je posterai là dessus …

***** Proposition pour Une mise en cohérence des aides avec l’impact climatique

******Proposition pour  Donner les outils pour bien doser l’apiculture

 

Récidive

En fermant mon entreprise*, je me l’étais pourtant juré : plus jamais. 18 mois plus tard, incapable de résister, je récidive dans la création d’entreprise.

Je n’ai pu résister à la beauté d’un marketing mix parfait :

Le produit est ce qu’il est, mais quand il est mis à disposition du au client sensible à ses atouts par le canal optimal qui en fait la bonne promotion, le prix peut s’envoler.

Et pour mon GreMiel**, miel urbain qu’on pense à tort pollué*** , j’ai trouvé le canal de distribution optimal : là ou se retrouvent ceux qui valorisent avant tout la consommation locale****. Et le vendeur, formé, sait donner les arguments qui complètent cette origine locale par l’explication de son goût : la variété florale de la végétation urbaine.

Avec un tel alignement des astres, le quatrième attribut du marketing mix, le prix, n’est pas un obstacle, au contraire… il me permet de financer l’indispensable création d’entreprise agricole sans laquelle je ne peux vendre, l’achat du nom de marque, du nom de domaine.. Le rêve, quoi …

Qui se heurte aux mêmes factieux qui ne mettent pas une semaine à réagir  : cela a commencé par les arnaqueurs masqués derrière un en tête contrefait demandant***** une contribution à la protection de mon nom de marque, vite rejoints par la MSA qui réclame ses informations… A qui le tour ?

Persiste et signe, donc : créer une entreprise est VRAIMENT une galère dans notre doux pays . Dommage !!

 

* pour ceux qui ont loupé cet épisode, c’était mi 2018

** désormais vous aurez fréquemment des nouvelles de mes filles.

*** Pourquoi le miel de ville n’est pas si pollué

**** Par ici, l’épicerie ou vous trouverez votre greMiel préféré … s’il en reste !

***** demande quand même non obligatoire, c’est écrit en tout petits caractères au verso en bas.