Maison commune

La mort dans l’âme, je conduis la tondeuse autoportée dans la jungle. La partie de pelouse que j’avais décrétée réserve naturelle a été déclarée “laide”, “moche”, et devant la vox populi condamnée. Deux passages sur mon tracteur, et ce sera un beau désert vert. En attendant, c’est la panique. Grillons, sauterelles, libellules, papillons, abeilles de toutes sortes s’enfuient à tire d’aile, leur vrombissement couvert par le mien. Jamais je n’avais vu en ce lieu tant de libellules rouges, vertes, brunes ou bleues. Tant de sauterelles et de mantes. De papillons et de bourdons. Même un petit mulot qui fuit son terrier englouti. Leur maison est détruite, car laide et moche. Est-ce bien partager la maison commune que de détruire la leur pour le régal éphémère de nos yeux humains ?  

La larme à l’œil, je garde espoir. Si pas l’an prochain, la suivante ils auront progressé dans leur prise de conscience. Et la tonte se résumera à tracer des labyrinthes pour la grande joie des petits humains et des grands insectes.

Les escargots n’ont plus qu’à bien se tenir

Rentrant à vélo la nuit tombée, à peine le portillon poussé deux vers luisants nous attendent, à un mètre l’un de l’autre, nous encadrant, tentant sans doute de s’illuminer la vie d’un amour naissant.

Cela fait plusieurs décennies que je n’avais plus vu ces animaux, souvenirs d’enfance, symboles de nuit d’été en vacances.

Vélo posé, je vais les admirer de plus près. Non, ce ne sont pas des led de téléphone jeté par dessus le mur, chose qui serait moins inhabituelle. Ils brillotent, rayés, de leur feux. Hymne à la vie qui reprend au milieu de ce monde de béton?

J’attribue leur retour à la tonte inhabituelle de mon gazon qui vaut des sourires de la part des visiteurs. Ou au bannissement d’engrais . Ce ne sont sans doute pas les seules raisons, mais, oui, globalement je veux y voir le fait que l’on évolue dans le bon sens.

Et vous saurez tout sur le lampyre, et sur le titre de ce billet, en deux minutes ici

Une tonte trois fois plus rapide

Comme un urbaniste, j’avais préparé mon coup.
Repéré les traces de passage du printemps, puis planifié le plan des routes :

de la miellerie aux ruches

de la cuisine au compost

le triangle maison piscine portique

le petit chemin de maraude des framboisiers

et la place centrale , celle du barbecue.

Et en avant pour la tonte sélective, avec ma bonne vieille tondeuse nucléaire* achetée d’occasion il y a 35 ans qui a encore eu droit à un rivet au printemps. On dégage des rues bien nettes, et laisse le reste en herbes folles et fleurs sauvages.

Et l’herbe coupée va bien sûr tout droit pailler les plants de patate.

Les oiseaux en piaillent de joie.

C’était le geste écolo du jour . Une tonte trois fois plus rapide, trois fois moins d’énergie . On va y arriver, aux deux tonnes**.

*Eh oui, toujours aussi résolument pour le maudit nucléaire..

** 2 tonnes ?

*** Et juste après je découvre que j’ai suivi, sans les connaître, les recos données par le roi de la permaculture sur RCF ..

Quand la France reconnaît déforester l’Amazonie.

Un aveu pourtant fait au 20h, mais qui est soigneusement noyé dans un flot de paroles.. Il me fait pourtant bondir de joie.

Je reprends juste les premiers et les derniers mots du reportage*…:

Notre bétail est en effet nourri avec des protéines produites au Brésil………..ce soja que nous importons souvent du Brésil provient de cultures intensives. Elles sont souvent la cause de la déforestation en Amazonie.”

Bon, la solution proposée n’est pas forcément celle que j’aurais retenue : débloquer 100 millions pour aider la filière agricole française à produire le soja qui nourrira notre bétail.

Bref, dépenser de l’argent public pour continuer à émettre du méthane, polluer nos sols et nos rivières à grands coups de lisier, et entraîner nos agriculteurs dans une filière pour le moins incertaine.

Quadruple enjeu, donc , de ma réduction quotidienne d’un gramme de viande :

  • gagner 50m² en Amazonie**.
  • gagner 22 kg de CO² par an
  • éviter 20kg de lisier par an
  • et économiser ma part des 100 millions d’euros de dépense publique, qui est certes négligeable devant le désespoir vers lequel certains agriculteurs seront poussés.

*https://www.francetvinfo.fr/replay-jt/france-2/20-heures/jt-de-20h-du-mardi-5-janvier-2021_4223165.html

** sur l’impact de ma consommation de viande..

Bête et méchant

C’est vrai que la méconnaissance développe la peur. Et la peur la méchanceté. Parfois gratuite.

Quand je les ai vues tourbillonner pour la première fois dans ce coin du jardin, avec leur air noir, j’en étais certain : voilà de bien mauvais frelons. Probablement asiatiques. En tous cas des espèces que je ne veux pas voir autour des petits enfants. Énormes, sombres, leur seule qualité étant de ne pas être trop nombreuses. Alors, rassemblant mon courage et bravant ma peur, je suis allé les attraper au filet et les éliminer. Et j’ai dispersé le tas de bois mort d’où elles semblaient sortir.

La victoire semblait assurée, jusqu’en juillet suivant, où, alors que je faisais visiter ma ruche aux petits enfants, je les revois dans le paysage. Branle bas de combat. On recommence. Avant de les déclarer aux autorités, je capture un individu, pour confirmer sa classification en espèce nuisible. Et le bon internet, au bout de quelques tâtonnements, m’indique que non, ces monstres ne sont pas des frelons, m’envoie sur le livret d’identification des abeilles sauvages*, qui lui même pointe sans hésitation possible sur l’abeille résinière géante, alias megachiliadae, que Phylloscopus** me confirme assez inoffensive. Alors je relâche généreusement le spécimen capturé… et je reconstitue l’hôtel à insectes dans lequel elles nichent.

Moralité : l’habit ne fait pas le moine. Et j’aurais pu réfléchir un peu plus avant d’agir brutalement.

PS : et pour les amoureux des abeilles prêts à signer des pétitions, allez donc voir le coup de gueule de gOAdee sur le varroa***, fruit de l’action des hommes, qui doit donc être traité par ces derniers..

 

* www.arthropologia.org/IMG/pdf/livret_identification_abeilles.pdf

** https://phylloscopus.wordpress.com/

*** gOAdee et le varroa : une video un peu longue mais édifiante.