En cette célébration des 10 ans du décès de Jean Bastaire, théologien écologiste reconnu*, le CTM** organise une soirée de témoignages, d’exposés brillants et de réflexions.
Une citation de Claudel me marque : “Le dernier mandat du Verbe fait chair à ses apôtres au jour de son Ascension est d’aller prêcher l’Évangile à toutes les créatures, non pas aux hommes seulement..mais à toutes les créatures, de nommer Dieu devant elles …”
Une autre de Berdiaev : “La mort de la dernière et de la plus infime créature comporte quelque chose d’intolérable…. Tout et tous doivent ressusciter à la vie et à la vie éternelle”
Mais alors … suis je damné pour l’éternité, moi qui extermine les frelons asiatiques pour protéger mes chéries*** ? La session questions et réponses de fin d’exposé s’étiolant, je la réveille en posant ma question de paysan à notre orateur, lui aussi grand théologien écologiste, fils spirituel de Jean Bastaire.
Une fois l’éclat de rire de la salle dissipé, le sérieux revient. Oui, la question se pose. N’est-ce pas à force de dominer brutalement toute la création que l’humanité s’est commise de la sixième extinction de masse qui se profile ? Ne dois je pas chérir et préserver aussi le frelon asiatique (et le moustique tigre) ?
Ouf, le théologien me rassure sur le salut de mon âme. Dieu n’a pas placé le frelon asiatique en Europe, il est parvenu là par l’imprudence de l’homme. Alors, que l’homme tente de corriger les conséquences de son imprudence. En chassant le frelon, mais seulement ici, où il n’a pas de prédateur naturel, contrairement à son Asie d’origine.
Bon, je ne suis pas certain que le raisonnement ne tienne pour les noirs américains dont les ancêtres ont été déplacés par la folie humaine, mais cela m’arrange.
Je continue donc à mettre au point mes harpes électriques, qui expédient les frelons ad patres par une décharge de 2000 V sans incommoder les abeilles qui, plus petites, passent au travers des électrodes sans les toucher. Les filles, il faudra bien un jour que vous appreniez à vous défendre toutes seules, comme le font si bien vos congénères asiatiques.
Mais non, je ne vais pas continuer dans la spirale de la mondialisation en important un essaim d’abeilles asiatiques qui vous serviraient de professeurs. Assez joué les apprentis sorciers !! Déjà que je régale le hérisson du jardin de cadavres de frelons asiatiques … un truc à créer des maladies du hérisson fou !
Et je ne chasse les frelons que modérément, seulement devant mes ruches et quand ils sont trop pressants. Pour éviter la damnation, et leur laisser le temps d’apprendre qu’il y a des endroits “naturellement” dangereux pour eux.
*Une chaire de théologie Jean Bastaire lui a été consacrée à l’université catholique de Lyon
**Centre Théologique de Meylan, qui n’a pas oublié les origines Grenobloises de Jean B
*** sur mes filles


