Dans un tout autre registre, résumé express fait à la demande du CTM* d’une conférence donnée par Fabien Revol quelques mois plus tôt. Les fans d’Illich n’apprendront rien, ce qui n’ont jamais rien lu de lui auront peut être envie d’en ouvrir un livre!
Fabien a commencé par nous présenter cet homme hors du commun, à la croisée des cultures : né en Autriche d’un père catholique croate et d’une mère juive allemande, qui a étudié en Autriche, puis en Italie, la cristallographie puis l’histoire médiévale après avoir fait son séminaire à Rome, ce qui préfigure son éclectisme. Prêtre à New York , et recteur de l’université catholique de Porto Rico. Pendant une quinzaine d’années, il fonde puis dirige un centre de formation interculturel des missionnaires au Mexique. Pendant ces années il se brouille avec son évêque, et est convoqué à Rome dans ce que Fabien Revol nomme le dernier procès en inquisition de l’histoire. Il quitte son ministère et continue jusqu’à sa mort un travail de penseur, d’écrivain et de conférencier. Ouf….
Rien n’a échappé à son regard critique : les outils, les institutions, l’école, l’église bien sûr, la médecine, les états… A chaque fois, il finit par s’y opposer car tous ces outils, utiles au commencement, qui sont créés pour un meilleur vivre ensemble, finissent par aller au-delà de leur utilité et deviennent des méga machines auxquelles l’homme doit être soumis, des méga machines qui déshumanisent l’homme.
Il met en évidence une inversion de la relation entre l’homme et la machine. Quelques exemples:
On pense bien sûr à Charlie Chaplin et son film les temps modernes, ou l’usine ne grandit pas vraiment l’homme.
Il parle de l’automobile, destinée à faire parcourir plus de distance à l’homme en un temps donné, et qui finit par obtenir l’effet inverse : il considère tout le temps consacré à travailler pour acheter et entretenir sa voiture, acheter son carburant et son assurance. Puis bien sur le temps passé à conduire la voiture. Et il calcule juste que si l’homme passait tout ce temps, celui consacré à travailler pour obtenir la voiture et celui à l’utiliser, s’il passait tout ce temps sur un vélo, il serait allé plus loin. La voiture, destinée à faire parcourir plus de distance à l’homme, lui en fait parcourir moins qu’avec un engin plus frugal… Donc, est ce la voiture qui est au service de l’homme ou au contraire l’homme au service de “la mégamachine système automobile” ?
L’ordinateur, quand il écrit , en 1970 : “bientôt ce sera à l’ordinateur de décider les lois nécessaires à la croissance”. Il a vu venir l’IA…
L’église , dont il dit : “la corruption du meilleur engendre le pire” . Le meilleur étant l’intention originelle de l’église. Les abus étaient déjà là..
L’école, qui est devenue une entrave à l’apprentissage autonome et créatif, ou dont il dit encore qu’elle a créé la ségrégation entre ceux qui ont appris et les autres.
La médecine, qui vole la capacité des personnes à prendre soin d’elles mêmes et crée une dépendance..
A chaque fois, sur tous les sujets, il va très loin . Il incite à chercher la bonne échelle de l’usage de l’outil ou de l’institution. La bonne échelle, celle ou l’outil permet de rendre une société conviviale où l‘homme contrôle l’outil. Ou l’homme peut choisir librement la sobriété qui garantira sa vitalité.
Et il a vu venir très tôt la poly crise actuelle, crise sociale et environnementale, quarante ans avant Laudato Si.. je ne peux que vous inviter à lire les oeuvres de Illich, l’homme qui avait tout vu venir, ou encore, le prophète d’une terre de convivialité et penseur d’un avenir désirable.
* Centre théologique de Meylan, conférences TEP²


