Des cigognes et des chemins de vie

Il est des cigognes qui ne choisissent pas les meilleurs terrains d’atterrissage. Mais l’espoir est toujours possible. T nous raconte .

 

Je m’appelle T, j’ai 24 ans. Je suis née à Rennes. J’ai une sœur jumelle.

A l’âge de 5 ans, mes parents, qui ne s’entendaient plus, se séparèrent. Je vois ma mère partir. Je reste vivre avec mon père, ma sœur et les copains de mon père qui passaient souvent à la maison faire des fêtes alcoolisées. Mon père buvait beaucoup. Le soir, après le boulot, il partait boire au bar. Quand il rentrait trop défoncé, nous étions stressées parce qu’il pouvait être parfois violent en paroles et en actes. Le lendemain il ne se souvenait plus de rien.

Il nous aimait beaucoup et faisait ce qu’il pouvait pour nous élever. Nous devions nous occuper de la maison, faire la cuisine, le ménage, s’occuper de nos chiens. Peu à peu nous apprenions à faire tout cela.

A 7 ans, nous savions tenir une maison en ordre.

A 10 ans, nous déménageons chez notre tante en attendant de trouver un autre logement, puis chez un copain de mon père. Nous dormions dans une caravane, enveloppés dans plusieurs couvertures. Tous les matins, avant de partir à l’école en vélo, nous nous lavions à un robinet d’eau froide sur le terrain. Notre vie n’était pas des plus saines. Cette période de notre enfance n’était remplie que de soirées alcoolisées avec des personnes droguées, bourrées.

Deux ans et demi après nous avons déménagé dans une maison, enfin. Ce fut un bonheur pour ma sœur et moi de retrouver un lit douillet, une baignoire et le luxe de l’eau chaude. Et puis nous prenions le bus pour aller à l’école ! la classe ! Les mois passèrent, mon père avait trouvé un bar dans la village où il rejoignait tous les soirs des potes à lui qui venaient ensuite finir leur apéro à la maison.

Peu à peu ma sœur et moi avons suivi le même chemin, le monde de la fête et des soirées alcoolisées.

Vers l’âge de 13-14 ans nous avons commencé à aller en boîte avec des potes à mon père.

Un jour, vers l’âge de 15 ans, en soirée, j’ai rencontré un gars de 24 ans, nous sommes tombés amoureux. Je faisais des études d’hôtellerie, lui travaillait. Nous nous sommes mis à habiter ensemble. Quelque temps après, il est devenu possessif et jaloux, au point qu’il ne voulait plus aller travailler pour me surveiller. Puis il continua à me séquestrer, et à faire des crises paranoïaques. Je ne dormais plus. Nous nous battions souvent. La situation s’aggravait. J’ai voulu le quitter plusieurs fois mais il me harcelait et me retrouvait. Il me promettait de changer, je le croyais. Mais c’était toujours pareil. J’étais dans ses crochets. J’ai fini par arrêter mes études un mois avant les examens. On s’est retrouvés à la rue. Il buvait beaucoup. Et moi aussi pour oublier son harcèlement. J’essayais parfois de fuir mais je ne savais pas où me réfugier. Alors je souffrais en silence tout en me battant avec lui. Jusqu’au jour où la police l’a envoyé en prison. Je le quittais alors. Notre relation destructrice aura duré 5 ans.

Après cette relation douloureuse, je suis allée vivre dans un foyer pour femmes battues. Mais je me suis fait virer au bout de trois mois parce que je partais dormir ailleurs la nuit. Après j’ai rejoint ma sœur qui trainait dans la zone de la rue. Elle me présenta aux SDF.

Nous avions 20 ans et étions perdues. Puis j’ai rencontré un autre homme. Nous picolions ensemble toute la journée et dormions en squat ou sous la tente la nuit. Nous faisions la manche la journée. Un jour, après une dispute ensemble, on s’est séparés quelques jours. Quand je suis revenue, on m’a annoncé qu’il était mort d’une overdose. Etait-ce de ma faute ? Il fallait que je vive avec ça. J’étais affaiblie et perdue. Alors un jour j’ai pris mon sac à dos, mes chiens, et j’ai pris le premier train qui arrivait. J’ai visité plein de villes en faisant la manche. Je dormais dans les halls d’immeubles.

En septembre 2016 je suis arrivée à Grenoble. Pendant 1 an j’ai dormi sous la tente dans des bois autour de la ville et j’ai vécu dans la rue à boire et à faire la manche. En juin 2017, on me présente C D. De suite, elle m’emmena dans une sortie, puis en vacances loin de la ville. Je découvrais une autre ambiance paisible et joyeuse sans alcool. Avant je n’aimais pas la vie et je me demandais ce que je foutais sur terre. Aujourd’hui, avec l’association Grain de Sel ma vie a pris un sens. En octobre 2017, C me proposa d’habiter au grain de sel. Maintenant, ça fait un an et demi que je commence une nouvelle vie, en sécurité, avec des projets. J’ai découvert la foi chrétienne qui m’aide beaucoup chaque jour. J’ai remarqué que Dieu veille sur moi

En mai 2018, on m’apprend que ma sœur jumelle a eu moins de chance que moi et a été retrouvée tuée, dans une cave. Ce fut un choc ! Sans la foi, je me serais suicidée. Mais je la sais heureuse maintenant, et en paix.

Maintenant ma vie va pour le mieux. J’ai signé un contrat dans une école en tant que surveillante polyvalente. J’ai renoué avec mes parents. Je prends soin de moi. Je me suis inscrite au sport et je vais être baptisée à Pâques. J’essaie de vivre ma vie au maximum pour ma sœur Manon. Je vais bien et je suis heureuse …

 

Témoignage donné lors de l’ AG de l’association « Le grain de sel hors les murs » 2018. Merci à tous ceux qui la soutiennent .

Les 4000 parapluies de Fatima

Éparpillés sur le parvis, nuée de papillons colorés, chacun abrite un couple. Pourtant le ciel est clément.

Cela fait bientôt une semaine que cette foule bigarrée et polyglotte hante les lieux. Se recueille dans la basilique toute neuve. Se retrouve bruyamment, de drapeau en maillot. S’abreuve de méditations , s’émeut de témoignages. Forts.

80 pays. 9000 personnes. Quel brouhaha puissant quand tous récitent le « notre père », chacun dans sa langue.La langue qui force chacun a aller vite a l’essentiel. Quelle profondeur dans ces réflexions en petits groupes, ou d’aucuns traduisent le brésilien, d’autres le polonais, l’espagnol et le français dans un anglais devenu lingua franca.

Admiration de cette équipe Syrienne, éparpillée suite a la guerre de par le monde, qui se retrouve derrière ce drapeau qu’ils chérissent.

Sous chaque parapluie, donc, un couple de chercheurs de Dieu. Qui se disent merci, pardon, s’il te plait. Ces fondamentaux du management dont j’avais dit à certains qu’ils étaient valables pour le couple*. Ils renforcent leur couple, leur famille, leur projet. Plus tard ils se rediront leur promesse de mariage.

Qu’il fait du bien ce ressourcement.

Qu’elles sont fortes les amitiés créées. Qu’elle était belle, cette fête ou les prêtres Portoricain et Polonais dansent sur la clarinette Brésilienne . Tous repartent avec la certitude que cette séparation n’est qu’un au revoir. Sur cette terre, peut être. Dans l’éternité, certainement.

Difficile de résumer en quelques mots les apports de cette semaine. Au delà de la relation humaine, qui vaut plus que tout, quelques fioretti:

  • « Nous n’avons pas dans nos mains la solution aux problèmes du monde. Face aux problèmes du monde, nous avons nos mains, et Dieu regardera nos mains.« 
  • « Le plus grand danger de notre humanité est aujourd’hui l’absence de cœur.« 
  • « La joie n’est pas une émotion mais un devoir du quotidien. Quand une famille, un couple, une société oublient la fête, ils tombent malade.« 
  • Pour terminer sur ce mot du cardinal de Mossoul, qui pardonne a Daech : « parce que nous sommes disciples du Christ, que ne pas pardonner ne résout rien. Et je ne pourrais pas vivre le reste de ma vie avec cette souffrance de ne pas avoir pardonné.« 

 

* fondamentaux du management ?
** L ‘ensemble des interventions de la semaine, avec une reco spéciale pour la conférence de l’archevêque de Mossoul (jeudi 19) , le témoignage de cette famille argentine, et le mot du cardinal Tuckson sur l’écologie humaine (mercredi 18).
*** Et si ce mouvement de spiritualité conjugale vous interpelle, le site Francais des Équipes Notre Dame

Soixante dixième miracle à Lourdes

Il est reconnu . Par l’église, bien sûr. Qui d’autre ? De cette guérison totale, soudaine, inexplicable, que dire ? Les croyants parlent de miracle. Les autres y trouveront une bonne source d’optimisme : la nature humaine n’est pas encore bien connue, il y a des potentialités énormes de guérison à découvrir. Et que continue la recherche! Les “miraculés” ne s’y opposent pas, au contraire . « A Lourdes, la science et la foi ne s’opposent pas. Elles travaillent dans un mutuel respect à la recherche de la vérité » dit le bureau médical.

Dommage que ça ne soit pas plus souvent le cas . Qu’un certain dogme, ostracisme, empêche tous de bénéficier du “meilleur des mondes”.

Combien de fois nos propositions de parcours couples*, ou de discernement sur l’engagement**, qui font tant de bien, ont été repoussées car “catho”. Pourtant, elles contribuent juste à faire grandir l’amour.

Pour tous. Les participants athées en attestent. Mais que de freins dans les a priori, induits par une caricature si imbue d’elle même qu’elle prétend être la vérité.

Nous travaillons pour faire grandir l’amour. Partout. C’est tout.

Ça gène vraiment que je le fasse en croyant que Dieu est amour ?

 

* les briques de société

**vie en couple, engagement, et autres..

Quel brave homme que ce Zachée !

Et on nous ressert ce Zachée, homme riche (et donc louche), percepteur (et donc forcément malhonnête), qui se démène pour apercevoir Jésus.

Et patatras, la conversion : «Voilà, Seigneur: je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus.»

Çà ne pouvait pas être un mauvais bougre, pour qu’il dise cela.. Percepteur, il devait savoir calculer. Alignons trois chiffres .

Je fais don de la moitié de mes biens ….  reste une autre moitié.

Et si j’ai fait du tort, je vais rendre quatre fois plus . Il n’a donc pu acquérir frauduleusement plus de 12,5% de ses biens, sinon il n’aurait pas assez de sa seconde moitié pour honorer sa promesse. Comme il a surement visé de garder un petit quelque chose, disons 10% pour simplifier les calculs*, cela veut dire qu’il n’a arnaqué que pour constituer 10% de sa fortune. Max.

Pour un homme dans sa position et à son époque, chapeau comme intégrité !

Même aujourd’hui, la propagande nationale trouve que 14% de fraude c’est ridicule *. Et on fait même des funérailles nationales à un exilé fiscal. Alors !!!

Je ne sais pas s’il est canonisé, mais à défaut d’être leur saint patron, je propose que Zachée soit la mascotte des percepteurs et de tous ceux qui approchent de près l’argent public. Non seulement il est resté honnête, mais encore il a su trouver le chemin de la joie***.

Comme quoi il faut parfois aller au delà des premières émotions ….

 

*Pour ceux qui ont du mal à suivre, s’il donne 50% plus 4 fois 10%, il ne lui reste plus qu’un dixième.

** de l’intégrité officielle de nos jours

*** trouvé la joie ?

Au lieu de croire en tes doutes, et de douter de ta foi…

Eric Emmanuel Schmitt présente une vision qui me séduit beaucoup, dans son “Evangile selon Pilate*”. Un Christ complétementhumain, qui doute de sa propre déité, découvre peu à peu son particularisme, et fait finalement un pari à la Blaise Pascal**.

Et un Pilate complètement rationnel, logique, cohérent … qui devient à l’insu de son plein gré le premier chrétien.

En troisième partie, il revient sur sa conversion violente, sur sa foi décomplexée, sans nier pour autant ses réserves par rapport à certains  textes canoniques.

Bref, une belle mise en pratique de la devise de Pierre Goursat *** :

Au lieu de croire en tes doutes, et de douter de ta foi : crois en ta foi, doute des tes doutes…

Un livre plus tout neuf, mais qui mérite d’être découvert, ou redécouvert, de lecture facile et agréable sur le sable de la plage.

http://ploufsurterre.canalblog.com/archives/2015/12/02/33011539.html

* pour feuilleter quelques pages .

** sur le pari de Blaise

*** à qui je dois d’avoir, cet été encore, pu profiter d’un superbe élan.

**** dans la même cuvée des expériences spirituelles fortes.

Longue vie à cette animation pastorale que je ne saurais voir

Il y va fort, ce curé. Mais a t il vraiment tort ? La présence des animations pastorales dans les écoles dites catholiques n’est elle pas un aveu de manquement à la mission qu’elle affichent ? Si l’école se dit catholique, alors, que ce catholicisme soit prégnant dans tout l’enseignement. Et pas besoin d’animation pastorale en plus. Pas étonnant, dans ce contexte, que les écoles “hors contrat”, parfois à la spiritualité beaucoup plus marquée, se développent…

A la réflexion ….

Et l’accueil de l’autre ? Et la liberté, qui est également un des marqueurs de la chrétienté, au moins depuis quelques siècles. Où sont ils ?

Tout simplement dans le mot proposition, trouvé sur le site de l’école la plus proche.

 

 

150 ans après, Don Bosco* reste d’actualité : « C’est la maison qui accueille, la paroisse qui évangélise, l’école qui prépare à la vie et la cour de récréation pour se rencontrer en ami et vivre dans la joie  » . Et il parlait aussi de l’école qu’il avait créée, bien sûr.

Résolument, oui à la proposition explicite et  joyeuse, non au communautarisme identitaire. Comme Koz** l’exprime si bien , l’identitaire est un bien mauvais génie***. Longue et belle vie aux animations pastorales  !!

 

* https://www.don-bosco.net/qui-est-don-bosco.html

** Cékikoz?

** identitaire, le mauvais génie du christianisme

Une perle comme cadeau de nouvel an

Une perle comme cadeau de nouvel an

Chaque année, on y retourne.
Lentement, on progresse.
A travers les arbres, au delà des murets, on la guette.
La voilà.

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On s’approche. La silhouette lointaine se précise dans son écrin de montagnes.

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Dans la dernière montée, elle nous domine.

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Et ses deux clochers nous montrent le ciel.

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Vernettes

Vernettes

On baisse la tête pour entrer. Immédiatement, le retable attire l’œil.

Dans un coin, le Père nous accueille.

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Son Fils également.

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Saints et angelots nous montrent la voie, et tendent l’échelle.

Vernettes

Pierre met les clés à notre portée.

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Aujourd’hui, le ciel est clément, le soleil généreux. La messe de la Sainte Famille aura lieu dehors.

Et les croix jalonnent la voie du retour vers l’humanité.

Vernettes


Bonne année à vous, que vos croix à vous ne soient pas trop lourdes…

Confiance, de là haut elle veille sur nous.

Les Peiserots auront immédiatement reconnu les Vernettes, si chères à Mod

Et ce qu’il y a de bien avec ce cadeau, c’est que même donné j’en jouis encore…

Pour aider à préserver et entretenir ce joyau, c’est par là.